Québec-Canada: avant tout, sortir de l’impasse

Depuis le 2 mai, on a entendu tous les commentaires imaginables suite à l’élection du gouvernement Harper, du balayage NPD au Québec et de la quasi disparition du Bloc Québécois. Certains y ont vu la démonstration de la différence entre le Québec et la Canada, d’autres le signal d’un déplacement et d’une polarisation du débat en termes gauche-droite plutôt que Canada-Québec, d’autres encore y ont vu le signal de la fin pour l’option indépendantiste.

Or, bien qu’elles contiennent une part de vérité, aucune de ces visions ne reflète vraiment ce que les résultats de l’élection laissent entrevoir. Pour les interpréter, il est nécessaire d’utiliser différents paramètres et de regarder au-delà de cette seule élection. On ne peut parler de la pertinence du Bloc Québécois, de l’opposition au Parti Conservateur, du  rejet du Parti Libéral du Canada et de la signification du vote pour le NPD de la même manière à Québec qu’à Montréal ou dans l’Outaouais, dans un milieu francophone, immigrant ou anglophone, chez des fédéralistes ou des indépendantistes convaincus.

Commençons par les évidences…

Le besoin de changement
De toutes les conclusions que l’on peut tirer de l’élection du 2 mai, la plus générale  et la plus évidente est que les Québécois, toutes origines, langues et géographies confondues, veulent du changement. Qu’on en juge: si le Bloc a perdu 490,000 votes, les Conservateurs en ont perdu 157,000, les Libéraux 322,000 et le Parti Vert 44,000 ! Tout ce beau monde est allé au NPD, qui a reçu 1,628,000 votes soit 1,187,000 de plus qu’en 2008. Parlez-moi d’un mouvement de foule!

Par contre, je ne parierais pas trop sur le caractère «de gauche» de ce vote. Les gens de la grande région de Québec ont successivement choisi l’ADQ, les Conservateurs et le NPD. Leur seule constante est de voter sans faire référence à «la question nationale», ce qui reflète en bonne partie le fait que le Québec est coupé en deux, entre la zone d’influence de Québec et celle de Montréal. Mais le 2 mai, c’est pratiquement tout le Québec francophone qui a choisi de s’extirper de l’impasse dans laquelle le plonge la question nationale alors que les anglophones et les néo-québécois exprimaient une autre insatisfaction.

Sortir de l’impasse
C’est une conjoncture tout à fait exceptionnelle qui a permis au NPD de bénéficier du ras-le-bol des Québécois. Ce ras-le-bol s’est déjà reporté à quelques reprises sur l’ADQ au niveau provincial et n’eût été de sa maladresse, de son discours simpliste et de son manque de candidats prestigieux, il aurait pu être un concurrent sérieux aux deux partis qui dominent la scène québécoise depuis près de 40 ans. Le ras-le-bol s’exprime aussi par l’intérêt que l’on manifeste au projet de François Legault.

La conjoncture exceptionnelle est le fait de cinq éléments:

  • la redondance du discours du Bloc, son impuissance à influer de manière sérieuse sur l’avenir du pays (peu importe auquel on pense) et son absence d’importance stratégique pour l’indépendance;
  • la piètre performance de Michael Ignatief qui s’est révélé incapable de représenter une alternative crédible à Harper, tant au Québec qu’au Canada;
  • et le rejet des politiques conservatrices qui ne conviennent pas au Québec et qui font peur.

Lorsque s’est présenté le «bon gars» Jack Layton et ses politiques social-démocrates qui promettent mer et monde sans effort, tous les ingrédients se sont mis en place pour canaliser les insatisfactions de tous et chacun dans un beau vote de protestation sans risque réel de le voir se réaliser. Pour certains, la possibilité de se débarrasser d’un élu conservateur honni a même joué un rôle déterminant. Mais si le véritable enjeu avait été le programme néo-démocrate et si le NPD avait vraiment eu une chance de prendre le pouvoir, la partie n’aurait pas été aussi facile.

Bienvenue au 21e siècle
J’ai signalé en août 2009, dans un texte publié dans Le Devoir, l’impasse politique qui dure depuis le référendum de 1995 et le fait que les paramètres actuels de la question nationale ne permettent pas de susciter le moindre projet mobilisateur. De fait, le discours indépendantiste ne peut plus rouler sur les vagues arguments de l’opposition entre Ottawa et les «valeurs québécoises», entre autres, parce que les solutions aux défis présents et à venir ne passent pas obligatoirement par l’indépendance. Aux yeux de la majorité, l’indépendance n’apparaît ni comme une évidence, ni comme une panacée. Et il faut cesser de penser qu’un peu d’éducation, un effort soutenu ou un leader charismatique constitueraient les conditions gagnantes. La démonstration de la nécessité de l’indépendance a besoin d’être (re)faite.

L’indépendance n’apparaît même pas obligatoire pour aborder efficacement LA grande question de la langue et de l’épanouissement du français. Imaginons pour le reste. Même si la Cour Suprême a limité la portée de la Loi 101, ce n’est vraiment pas un motif capable de mobiliser les Québécois.

D’une certaine manière, il est tout à fait pertinent de parler de «vrais problèmes» plutôt que de constitution tant que celle-ci n’apparaît pas elle-même comme un problème qui nous empêche d’agir efficacement pour régler les «vrais problèmes». C’est ce que disent l’ADQ, le Parti Libéral et François Legault qui représentent bien, ensemble, l’opinion d’une majorité de Québécois, y compris celle de bien des partisans du Parti Québécois. Il en serait autrement si le cadre fédéral devenait un obstacle majeur à la résolution des problèmes d’éducation, de santé, d’environnement, d’intégration des immigrants, de lutte ou d’adaptation aux changements climatiques, d’énergie, de culture, de communications, etc.

Il faut également prendre note que le changement de génération est bien amorcé. Il est toujours frappant de constater le grisonnement marqué des congrès du PQ par rapport à d’autres assemblées. Même si la question nationale n’est pas disparue de l’écran radar de tous les moins de 30 ans, force est de constater qu’elle n’a pas la même résonance que jadis et que les jeunes, qu’ils soient de Montréal ou du reste du Québec, ont d’autres priorités. Lesquelles? Voyez les sujets qui préoccupent les jeunes de Génération d’idées: environnement, démocratie, justice sociale, assainissement des finances publiques, développement de l’esprit d’entreprise, diplomation de tous les jeunes, reprise du contrôle sur les ressources naturelles, amélioration du fonctionnement de l’État et des services publics, etc. Ces gens sont les plus allumés de la génération montante.

Demandons-nous franchement qui semble le mieux à même de répondre à leurs préoccupations. Je ne dirai pas qui peut le faire, mais je dirai que les figures connues du mouvement indépendantiste ne le peuvent pas. Qui écoute les Gérald Larose, Jacques Parizeau, Michel Arsenault, Gilbert Paquette et autres intellectuels pour la souveraineté? Ont-ils eu la moindre influence le 2 mai dernier? Pour le moment, une seule personne pourrait représenter un choix possible si son discours était mieux défini : François Legault.

La non pertinence stratégique du Bloc Québécois
Il ne faut pas accorder trop d’importance à la «disparition» du Bloc Québécois, celle-ci n’est qu’apparente. À 23% des suffrages, le Bloc est encore le deuxième parti au Québec, largement devant les Conservateurs et les Libéraux. Le fait est qu’il n’avait pas été conçu pour durer aussi longtemps. Sa nécessité est tactique, dans le cadre d’une bataille précise pour l’indépendance, afin de représenter les Québécois au Parlement fédéral. Mais la bataille stratégique doit se livrer au Québec, ce que tous les observateurs ont déjà souligné depuis longtemps. D’une certaine manière, même s’ils n’ont pas fait cette savante analyse, un peu plus d’un tiers des électeurs du Bloc ont évalué qu’il n’était pas pertinent dans les circonstances actuelles.

Tant qu’il n’y a pas d’échéance référendaire, l’intérêt d’aller siéger à Ottawa constitue une perte d’énergie et une distraction qui peut facilement faire illusion comme on l’a vu depuis l’élection du gouvernement Charest: gouvernement fédéraliste à Québec, représentation indépendantiste à Ottawa. Le monde à l’envers, gracieuseté d’un système électoral qui favorise la surreprésentation de ceux qui ont la pluralité des votes sans être majoritaires. Les sept «victoires» consécutives du Bloc ne servaient qu’à cacher sa faiblesse réelle.

Le Bloc ne doit pas être dissous, seulement mis en veilleuse pour un temps, tant que la 3e bataille ne sera pas déclarée. Et lorsqu’on le réanimera, il faudra le faire avec toute la vigueur possible, non comme une stratégie à long terme mais pour mesurer vraiment les forces en présence et pour occuper toutes les positions possibles avant de livrer l’ultime combat. Mais pour le moment, il est impossible de même concevoir une échéance possible pour un troisième référendum, qui serait gagnant celui-là. Pour cela, il faudrait que le PQ ose ce qu’il n’osera pas: se déplacer au centre et entreprendre de négocier sérieusement et honnêtement avec Ottawa.

Un moment charnière
Pour le mouvement indépendantiste, la situation actuelle est extrêmement ouverte et fluide.  Résumons les principaux points.

  • Selon toutes probabilités, les orientations du gouvernement Harper heurteront et irriteront les Québécois dans de nombreux domaines, certains émotifs (le registre des armes à feu), d’autres économiques (commission des valeurs mobilières, garantie de prêt à Terre-Neuve), politiques (Afghanistan, manie du secret, politique culturelle), sécuritaires (politique purement répressive envers le crime), environnementaux (gaz à effet de serre) et possiblement d’autres encore. Cependant, aucun de ces sujets ne provoquera une crise grave, seulement une crise permanente d’urticaire.
  • Il serait très étonnant que le NPD puisse offrir une opposition digne de ce nom et défendre les positions du Québec. Son caucus sera traversé par de nombreuses tensions et on voit mal comment tout ce monde pourrait s’accorder. Il ne serait pas surprenant que des défections surviennent d’ici deux ans, le temps que le Québec connaisse des désaccords sérieux sur des politiques fédérales. Autrement dit, le NPD est destiné à décevoir les Québécois.
  • Il est indéniable que le débat politique québécois a glissé d’une polarisation sur la question de l’indépendance à des débats sur la transformation de l’État québécois, l’équilibre des finances publiques, la création de richesse, l’intégration des immigrants, les problèmes du système de santé et du système d’éducation, le contrôle des ressources naturelles et quantité d’autres sujets plus ou moins chauds, tels le financement des partis politiques et l’infiltration de la mafia dans le secteur de la construction.
    Malgré l’apparence du virage social-démocrate suggéré par le vote NPD, le virage que l’on souhaite vraiment est celui de l’allègement des structures de l’État ou, du moins, sa plus grande efficacité. Alors que la richesse n’a pas augmenté pour les classes moyennes, les exemples de gaspillage, de traitements privilégiés et d’inefficacité provoquent un sentiment de révolte envers l’État. Le gouvernement que la majorité attend est celui qui sera capable de tenir en laisse les groupes d’intérêt et de diminuer les privilèges non mérités. Il ne s’agit pas tant d’un virage à droite que du besoin d’une mise à jour et d’une mise en ordre de la maison.
  • Compte tenu de l’impopularité du gouvernement Charest, il est probable, aujourd’hui, que Mme Marois devienne première ministre du Québec.  Mais il est aussi probable qu’elle le devienne non parce que les Québécois auront un coup de coeur pour elle ou pour l’option indépendantiste, mais simplement parce qu’elle apparaîtra comme la meilleure alternative pour se débarrasser des Libéraux. Elle vaincrait par défaut. Pour qu’elle devienne véritablement le premier choix des Québécois, il faudrait que le Parti Québécois prenne note du changement de conjoncture politique au Québec et qu’il reconnaisse qu’il lui faut de nouveau faire la démonstration de la nécessité de l’indépendance.
    Autrement dit, qu’il est nécessaire de mettre l’option indépendantiste en veilleuse pour entreprendre de bonne foi de véritables négociations avec Ottawa pour récupérer les pouvoirs essentiels à l’épanouissement du Québec à l’intérieur de l’ensemble canadien. Si ces négociations aboutissaient, l’option indépendantiste ne serait plus pertinente. Si elles n’aboutissaient pas, la table serait mise pour l’ultime bataille. Mais il est très improbable que le PQ ait le courage et la lucidité nécessaires pour oser cette stratégie.
  • Reste donc la possibilité que François Legault vienne brasser les cartes. Comme on l’a vu avec l’ADQ et le NPD, bien des choses sont possibles  lorsque la conjoncture est favorable. Un vote pour le changement, n’importe lequel, ferait davantage mal au PQ qu’au Parti Libéral mais les deux en souffriraient. Au point de se retrouver avec un gouvernement de centre-droit? Je n’oserais pas l’affirmer mais le ras-le-bol des vieux discours, l’impopularité relative de Mme Marois et celle, confirmée, des Libéraux ouvrent une grande porte. Rappelons-nous qu’au pire de la crise de confiance envers Jean Charest, en novembre dernier, le PQ l’a emporté dans Kamouraska-Témiscouata par à peine 196 voix de plus que le Parti Libéral et que l’ADQ affaiblie a attiré 23% des électeurs contre 36% pour le PQ et 35% pour les Libéraux. Quant à Québec-Solidaire, il n’a recueilli que 4% des voix à cette élection. Ce n’est pas ce parti bicéphale et anachronique (on y chante encore l’Internationale) qui canalisera le mécontentement populaire.
  • Si M. Legault réussissait à former le gouvernement, c’est à lui que reviendrait le mandat de mettre la maison en ordre en s’appuyant sur des consensus suffisamment forts. Il aurait aussi à négocier avec Ottawa les arrangements administratifs nécessaires à l’épanouissement de la société québécoise. En cas d’échec, c’est une nouvelle génération et une base sociale élargie qui ferait l’expérience de l’impasse canadienne. Ainsi pourrait être recréée sur des bases plus larges et plus solides la coalition qui a mené le Québec au seuil de la déclaration d’indépendance en 1995.
    Mais seul le fait que Québec ne puisse pas réaliser des objectifs stratégiques majeurs, dans ses domaines de compétences, à cause d’obstacles situés à Ottawa, serait en mesure d’entraîner le type de crise pouvant mener à la nécessité de l’indépendance comme moyen de lever les obstacles. Cependant, on ne peut pas créer sciemment une telle crise. C’est la raison pour laquelle la population se méfie de la bonne foi du Parti Québécois.
  • Il n’est pas évident de créer la conjoncture parfaite capable d’amener une population à choisir clairement une option aussi dramatique que la création d’un nouveau pays. Il y a 60 ans que les indépendantistes s’y essaient activement ou l’attendent passivement. Force est de reconnaître que la stratégie adoptée jusqu’ici n’a pas donné les résultats escomptés. Sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, la population québécoise exprime clairement son besoin de quelque chose de différent. Pour le moment, c’est là où on en est. Ceux et celles qui n’en tiendront pas compte s’en mordront les doigts.
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6 Commentaires

Classé dans Politique québécoise, Question nationale québécoise

6 réponses à “Québec-Canada: avant tout, sortir de l’impasse

  1. Monique Dumont

    Merci Christian. Je trouve ton analyse extrêmement pertinente et intelligente.

  2. Quand je pense que nos voisins du sud ont remplacé Bush par Obama, je garde espoir. Cette élection est une transition vers chose de mieux sans doute n’empêche qu’en attendant, je tremble en pensant aux multiples assauts que devra encore subir la planète sous la gouverne de Harper.

  3. michel gadoury

    Le vrai problème est mondial. La terre se meurt pour une économie débridée. Nos pays riches sont surendettés sur le dos des ressources de pays pauvres. La Chine et l’Inde dameront sur le vieillisement de la civilisation occidentale.

  4. Yves Claudé

    “Je te plumerai le bec” …

    La moindre des choses de la part des dirigeants et élus du NPD, c’est qu’ils arrêtent de nous bercer d’illusions … voire de mensonges …, que ce soit en matière linguistique et culturelle, ou en matière sociale (avec un refrain déjà usé sur les familles, les travailleurs, etc., …) : aucun de ces politiciens aguerris ou amateurs n’a le courage de dire la vérité aux citoyens québécois.

    La vérité est, qu’au delà des fanfaronnades, le NPD a subi un double échec, de par l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, et du fait que l’éventail de promesses sociales généreusement proclamées est entièrement caduque dans le nouveau contexte politique fédéral. Les “cassettes” ambulantes du NPD ronronnent à plein régime avec le même mantra: “on fera des propositions au gouvernement”… Merci de ne pas nous prendre pour des idiots !

    Les dernières élections ont bel et bien introduit au Québec un nouveau “cheval de Troie” fédéraliste couleur citrouille : il faudra voir à en disposer efficacement, et à le renvoyer à ses maîtres, les orangistes de Toronto !

    Yves Claudé – sociologue

  5. Merci Christian pour cette analyse contenant de solides pistes pour la réflexion et l’action devant.

  6. Daniel Laguitton

    Merci Christian pour une analyse très intéressante. Je suis toutefois personnellement peu enclin à adhérer à une analyse stratégique ou tactique poussée de ce type, même si elle a de quoi faire réfléchir les stratèges, sondeurs et trésoriers politiques de tout poil. De ce qui s’est passé le 2 mai 2011, je retiens surtout, et avec un frisson qui n’a rien d’agréable, le caractère impulsif qui semble marquer de plus en plus l’exercice électoral, impulsivité qu’avait déjà démontrée l’éphémère vague ADQ et sur laquelle est fondée l’industrie florissante de l’image et de la manipulation d’opinion. La rumeur court qu’une vague orange est en marche, alimentons la rumeur et surfons la vague.
    À ce train là, je ne serais pas totalement surpris qu’après avoir élu une candidate qui n’avait (dit-on) pas mis les pieds dans la circonscription où elle a été élue, on vote massivement, lors d’une élection prochaine, pour des candidats virtuels qui n’auront de visage que sur les pages Facebook où ils auront séduit des millions « d’amis ». Démocratisation de l’amitié ou insulte à la démocratie et à l’amitié? J’ai mon opinion là-dessus. En arrivera-t-on à voter simplement pour une couleur en proposant des cartes du Canada diversement colorée parmi lesquelles il s’agirait de choisir comme on choisit une cravate ou un foulard de soie? Au diable les programmes et les valeurs, à défaut de voter juste pour rire, votons au moins pour faire joli! C’est vrai que le orange ressort mieux sur un fond bleu foncé que ne le faisait le bleu pâle, mais j’aurais préféré des touches impressionnistes mieux réparties entre les trois océans que ce coup de truelle un peu à la va-vite.
    Et lorsque tu écris : « Malgré l’apparence du virage social-démocrate suggéré par le vote NPD, le virage que l’on souhaite vraiment est celui de l’allègement des structures de l’État ou, du moins, sa plus grande efficacité. […] Il ne s’agit pas tant d’un virage à droite que du besoin d’une mise à jour et d’une mise en ordre de la maison. » [à l’ère de la globalisation, reconnaissons quand même que, sur une planète ronde, la gauche finit par rejoindre la droite…], je ne puis qu’adhérer à la justesse de l’expression « mise en ordre de la maison », définition très exacte de « l’art d’administrer la maison » qu’est l’économie bien comprise (oikos nomos), cette cousine de l’écologie (oikos logos). Au fait, le mot « écologie » a-t-il même été prononcé ne serait-ce qu’une seule fois pendant le fameux débat électoral avancé d’une journée pour faire place à la soirée du hockey et que le fleuve des commentaires en ligne donnait comme gagné par le chef bleu pâle alors que le bleu foncé avait toutes les raisons de se féliciter de ne s’en être pratiquement pas mêlé ?
    Je crois profondément que l’on pourra changer la couleur des cartes politiques tant que l’on voudra, tant que l’économie qui devrait n’être qu’un moyen de gestion est abordée et manipulée comme une fin (une science de la richesse), la véritable richesse individuelle et collective nous glissera entre les doigts et le déclin des civilisations de l’avoir n’aura d’égal dans son intensité que la rapacité aveugle avec laquelle ces cultures de l’économie pervertie dilapident et saccagent la seule maison qui vaille : la planète que nous avons sous les pieds.
    (PS : Ceci n’est pas de la pub pour de la peinture verte).

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