Démographie québécoise: questions sans réponse

En mars dernier, un article de The Economist, Minority Report, expliquait que la fécondité des «minorités visibles» combinée à la faible fécondité de la population blanche était en train de changer le visage des États-Unis. Les chiffres laissent peu de doute. Chez les enfants de trois ans, les Noirs, les Hispaniques et les Asiatiques sont désormais majoritaires. Au cours de la dernière décennie, la population américaine a augmenté de 9,7% et 92% de cette augmentation est venue des minorités. Celles-ci représentent désormais plus de 36% de la population des États-Unis.

Dans quelle mesure ce phénomène se produit-il également au Québec et au Canada? J’ai eu beau consulter L’État du Québec 2011, le Bilan démographique du Québec, édition 2010 et les Regards sur la démographie canadienne de Statistiques Canada, aucune donnée ne permet de connaître les caractéristiques ethniques des bébés, les caractéristiques linguistiques, ethniques et l’origine des parents, pas plus que l’indice de fécondité selon les mêmes caractéristiques. Au Québec et au Canada, il semble que l’égalité en droit efface toutes les différences réelles.

L’intérêt de répondre à la question est évidemment d’anticiper les effets à long terme d’une possible modification de la composition ethnique du Québec. Mais pour le moment, je suis incapable de dire si une telle modification est en cours ou non. Par exemple, les indices de fécondité sont plus élevés dans toutes les régions qu’à Montréal et à Québec et l’augmentation de la fécondité au cours des dernières années a été plus importante dans la plupart des régions que dans la métropole.

De même, le pourcentage d’augmentation du nombre des naissances a été plus important dans la plupart des régions qu’à Montréal. Comme on sait que la grande majorité des immigrants s’installent à Montréal et dans sa région limitrophe, on ne peut pas observer, à partir des données disponibles publiquement, dans quelle mesure ils influencent la composition démographique des naissances. Un des rares indices dont je dispose est, par exemple, que la majorité des enfants fréquentant la Commission scolaire de Montréal font partie des «minorités visibles». Mais comme les Québécois francophones de souche ne forment plus qu’environ la moitié de la population de Montréal, on ne peut rien conclure sur les taux de fécondité relatifs selon l’origine des mères.

Répondre clairement à la question nous permettrait également de fonder nos analyses et nos jugements sur des faits et non des peurs et des préjugés. La hantise atavique des Québécois francophones de souche d’être noyés dans la mer anglophone et de disparaître peu à peu sous le poids des nouveaux arrivants se nourrit de la peur engendrée par l’ignorance de l’état réel de la situation.

Si les démographes voulaient bien nous donner les réponses à nos questions, leur apport serait salutaire dans de nombreux débats. Mais peut-être est-ce trop politiquement incorrect pour que les organismes statistiques gouvernementaux s’acquittent de ce mandat.

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Classé dans Politique québécoise

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