Au congrès de la Coalition Avenir Québec

François Legault, chef de la Coalition Avenir QuébecJ’ai assisté, vendredi et samedi dernier, au congrès de fondation de la Coalition Avenir Québec. Je suis devenu membre de la Coalition l’automne dernier parce que je voulais connaître de l’intérieur ce que le nouveau parti avait dans le ventre. On peut dire que j’étais en mission d’exploration. Cependant, je partage sincèrement le constat de François Legault à l’effet qu’il faut mettre de côté pour un certain temps la perspective de l’indépendance : nous n’en sommes pas venus à bout en 50 ans, la conjoncture ne mène pas du tout dans cette direction, alors commençons par redonner un élan au Québec en sortant de la sclérose dans laquelle nous nous sommes progressivement enfoncés depuis 1980.

De façon assez claire, Legault partage le constat de Mathieu Bock-Côté (ou est-ce l’inverse?) dans Fin de cycle à propos de la perte d’élan de l’option souverainiste. Le ton résolument nationaliste que j’ai pu entendre dans la plupart des interventions de Legault lors de ce congrès en fait des compagnons de route pas du tout dépareillés. Donc, nous avons affaire à un parti clairement nationaliste (il n’y avait pas l’ombre d’un unifolié dans ce congrès), mais la nature de la CAQ  est plus complexe que cela.

Une véritable coalition?
Première constatation : la CAQ me semble être une véritable coalition rassemblant surtout souverainistes  et nationalistes. Je ne connaissais personne parmi les quelque 500 délégués mais en discutant avec l’un ou l’autre, j’ai rencontré beaucoup d’anciens adéquistes, quelques péquistes mais aucun fédéraliste se présentant comme tel. Ces derniers sont surtout identifiables dans la garde rapprochée de Legault. C’est donc encore le gros défi de Legault d’aller chercher des fédéralistes notoires.

Quand j’ai demandé à François Legault s’il était satisfait de la représentation anglophone à la CAQ, il lui a bien fallu reconnaître que c’était un de ses défis. Mais il est de notoriété publique que les milieux fédéralistes font de grosses pressions auprès de possibles candidats de prestige pour qu’ils ne fassent pas le saut à la CAQ. C’est donc que la CAQ est perçu comme une menace réelle à la domination du Parti Libéral du Québec sur l’électorat anglophone et fédéraliste.

Droite, centre ou gauche?
Autre constatation : les jeunes à qui j’ai parlé n’avaient aucune gêne à s’identifier comme plutôt « à droite ». Mais quand je leur demandais ce qu’ils entendaient par là, je n’ai pas eu de réponse très précise sauf qu’ils favorisaient la hausse des frais de scolarité. Il est indéniable qu’il y a eu une certaine saveur « individualiste » dans plusieurs amendements soumis au programme de la CAQ. Certains ont été approuvés,  d’autres rejetés. Cependant, le principe d’un système de santé d’accès universel et gratuit est fermement inscrit dans le programme de la CAQ, de même que l’augmentation du financement pour le maintien à domicile des personnes âgées et la création prioritaire de places en CPE dans les milieux défavorisés.

Au bout du compte, le programme de la CAQ est un mélange d’orientations sociales-démocrates, nationalistes (sur la défense du français et l’investissement étatique dans les ressources naturelles), et de désirs de débureaucratiser les structures du système d’éducation et du système de santé. Sur ce point, la CAQ croit avoir l’avantage de n’être pas liée par des alliances avec les milieux syndicaux comme l’est le Parti Québécois et de ne pas craindre de perdre des électeurs francophones comme le Parti Libéral .

Moins un congrès qu’un événement rassembleur
S’il fallait juger du sérieux d’un congrès politique par la profondeur des discussions qu’on y  tient, le congrès de la CAQ serait probablement un des pires exemples à citer. J’ai assisté à l’atelier Santé et Familles et on y a expédié l’étude de treize propositions en deux heures. Autrement dit, aucune véritable discussion n’a eu lieu et il en a été de même dans tous les ateliers. Certaines propositions reflétaient vraiment un consensus, comme l’application intégrale des conclusions du rapport de la Commission parlementaire Mourir dans la dignité, mais d’autres ont été approuvées sur la base des idées préconçues des délégués plutôt que des faits objectifs. Disons que « nécessité fait loi », mais le congrès est apparu plus comme un événement rassembleur en vue d’élections rapprochées  que comme un lieu de véritables débats argumentés.

Cette impression d’événement rassembleur destiné à galvaniser les troupes s’est encore renforcée par la mise en scène orchestrée pour la fin du congrès. C’était la première dois que j’assistais à un congrès d’un parti politique mais l’arrivée d’une trentaine de jeunes munis de longs ballons blancs sur une musique tonitruante, pour précéder l’arrivée de François Legault, m’a donné l’impression de me retrouver dans un cirque où on essaie artificiellement d’exciter la foule. Très traditionnel, typique d’une certaine façon de faire de la politique. Très peu pour moi.

Cela dit, le discours de clôture de François Legault a été étonnant d’émotion réelle (il a dû s’arrêter de parler à quelques reprises et l’expression de son visage en disait long sur l’émotion qui l’habitait). On ne pouvait pas douter de sa sincérité. S’il est capable de montrer davantage ce visage au cours des prochaines semaines, il pourrait commencer par toucher la population.

En ce qui me concerne, coincé entre le béton teinté d’une culture du copinage et de la corruption d’un côté, et l’opportunisme du  « jello » déterminé par ses vieilles alliances de l’autre, je ne me suis jamais trouvé  aussi désemparé. Je n’ai pas beaucoup d’illusions à propos des capacités réelles de la CAQ et j’ai un malaise certain devant ce que je perçois comme une manière très traditionnelle de faire de la politique. Mais je me demande : ais-je le choix? Avancer ou faire du surplace?  La Coalition est, pour le moment, une alliance conjoncturelle dont l’importance stratégique semble essentiellement de faire bouger le Québec, de le remettre sur les rails à de nombreux points de vue.

La CAQ peut-elle répondre vraiment à la soif de changement réel que l’on sent au Québec? Cette soif de changement est tellement floue et multiforme qu’il est impossible à aucun parti de l’incarner sans un long travail d’éclaircissement.  Mais les Québécois auront-ils le choix de voter lors de la prochaine élection sans répondre à la question «Où se trouve le changement?»

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8 Commentaires

Classé dans Politique québécoise

8 réponses à “Au congrès de la Coalition Avenir Québec

  1. Marico Renaud

    Article très intéressant. Vous confirmez mes inquiétudes. Au désarroi, j’ajoute la méfiance.

  2. Philippe Rochat

    Qu’avons nous à perdre?, Un changement s’impose!

    • Marico Renaud

      Je soupçonne que nous ayions beaucoup à perdre. La réaction de M. Legault aux étudiants et à l’aventure du Plan nord m’a considérablement refroidie. Il a perdu une belle chance de se rallier les forces vives de notre Québec.

  3. Chevalier Weilbrenner

    Bonjour Christian,
    J’attendais ton retour avec une certaine impatience et une appréhension certaine. Tu sais déjà ce que je pense de François Legault et de la CAQ, je ne m’étendrai pas là-dessus, mais ton compte rendu honnête et objectif me confirme dans mes convictions et dans ma position : je ne vois dans la démarche de François Legault qu’opportunisme (approche conjoncturelle, selon tes propres mots) et ambition politique. La CAQ prétend apporter du changement, un renouveau, une renaissance, mais j’ai bien peur qu’elle n’arrivera qu’à brouiller encore plus les cartes et à fragmenter l’opinion publique et les perceptions des gens face aux autres partis. Il se pourrait très bien que le bruit que fera la CAQ dans la prochaine campagne électorale entraîne la reconduction des libéraux. Et ça, mon ami, ça ne vaudrait rien de bon pour le Québec. Absolument rien. La sclérose dont tu parles volontiers, que je ne vois pas du même bout de la lorgnette que toi, ne sera rien à côté de l’ankylose qui nous attend. Le PQ ferait bien de ne pas trop pavoiser. Son avance dans les sondages est plus fragile qu’un verre de vin mousseline.
    Richard

    • Christian Lamontagne

      Bonjour Richard,
      Un sondage de La Presse publié ce matin confirme ton appréhension, ce sont les Libéraux qui sont actuellement en avance, mais par la peau des dents. Toutes les cartes sont en l’air, mais j’ai tendance à penser que la CAQ, si personne ne fait de gaffe et si quelques noms de prestige s’y joignent, représentera le changement. Ça fait encore beaucoup de si, je te l’accorde.

  4. Françoise

    Merci Christian pour ton éclairage sur les enjeux politiques du Québec.

  5. christolord3

    Merci , je pense qu’effectivement la crise doit être dénoué, de façon générale au Québec. Également, je vous invite à venir voir mon site web !

  6. Daniel Laguitton

    Merci Christian, pour cette analyse. J’ai toutefois l’impression que les forces qui risquent de rendre accessoires bien des conjectures et de clarifier à plus ou moins court terme les eaux troubles actuelles de la politique québécoise sont en fait à l’oeuvre non pas à Québec mais à Ottawa où un certain Stephen Harper est en train de mettre à mal, à la vitesse grand V, tout vestige d’un Canada au visage humaniste, progressiste et enviable. Je ne serais pas surpris que le sentiment d’aliénation par rapport au Canada de Stephen Harper et de ses meneurs de claque soit tel qu’il éclipse bientôt chez plus de 50% des Québécois tout résidu d’attachement « patriotique » ou « romantique » au grand territoire entre trois océans. Chercher consolation dans un sentiment d’appartenance à une nation québécoise en devenir serait alors un réflexe naturel et un Québec souverain deviendrait le phoenix qui s’élèverait sur les cendres bitumineuses d’un Canada éteint.
    Le plus grand projet d’infrastructure de l’actuel gouvernement conservateur sera-t-il la mise en place en quelques années des fameuses « conditions gagnantes » qui ont éludé les indépendantistes depuis des décennies? Je commence sérieusement à le croire.
    Un Québec reconnaissant pourrait alors laisser tomber saint Jean-Baptiste et son mouton pour adopter comme nouvelle fête nationale le 26 décembre, jour de la st-Stephen … Après tout, quand on brade ainsi la vision d’un grand pays, on mérite bien une parade à l’occasion du boxing day.

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