À propos

Ce blogue est tenu par Christian Lamontagne, cofondateur et journaliste au Temps Fou (1978-1982), fondateur et éditeur du Guide Ressources (de 1985 à 1996) et fondateur de PasseportSanté (1998) où il a travaillé jusqu’en août 2011. Il habite dans les monts Sutton, à la frontière sud du Québec (Canada). La forêt est dans sa cour et la vue porte loin.

Notes de Sutton est un journal de bord où il signale les articles et documents qui lui semblent dignes d’attention. Leur caractéristique commune est de permettre du sens, d’annoncer ce qui vient. Pas de blabla, seulement l’essentiel et le significatif ou ce qui lui semble tel. Le champ couvert est large mais comme il s’intéresse aux vastes perspectives et au long terme, les thèmes porteurs ne sont pas si nombreux.

Et parfois il réfléchit tout haut à ce que l’actualité offre au passage.

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4 réponses à “À propos

  1. Daniel Laguitton

    Cher Christian,
    Puisque tu as tiré ta révérence ce matin à l’aube, j’aimerais te dire merci dans ces pages où serpente encore la trace de tes pas sur les plages d’un océan que tu as rejoint. Pour moi, tu as été avant tout un guide qui a su aider au moins une génération à réfléchir à d’autres manières de vivre. J’entendais l’autre jour, un médecin sans frontières confier à la journaliste qui l’interrogeait sa conviction, devant le spectacle de la détresse et de la folie humaine, que l’homme est une œuvre encore inachevée. Tu as été un artisan du chantier de cette œuvre et l’atelier où tu as surtout contribué à son perfectionnement s’appelait le Guide Ressources. Je doute qu’il existe un seul chercheur de vérité francophone de notre fournée qui n’ait un jour ou l’autre été pétri et perfectionné au contact des nombreux artisans que tu as invités à œuvrer dans cet atelier. Il y a deux ans à peine, tu me confiais encore ton désir de fonder un autre atelier de ce genre, cette fois en ligne. Mais la marée est venue et ta coquille de sel s’y est dissoute sans que ce projet se concrétise. Co-créateur infatigable, repose en paix. Dans ton sillage, résonne l’injonction de Paul Éluard, « ne vivons que pour être fidèles à la vie. »
    Merci Christian !

    DL 9/1/2013

  2. Daniel Laguitton

    Vive la différence …

    Cher Christian, tu es parti et tu me manques comme moteur de réflexion.
    J’étais en train de me demander ce que j’allais faire du commentaire que je venais d’écrire au sujet de la fameuse Charte des valeurs québécoises… Comme j’aurais aimé te lire à ce sujet!
    Et en pensant ainsi au « trou de pensée » que ton départ a laissé, je me suis dit que si ton blogue était encore en ligne, ce serait un endroit où j’aimerais afficher mon texte. Il l’est, Dieu merci!
    Évidemment, tu n’es pas là pour décider, mais te connaissant, je sais que tu ne reculais devant aucun débat d’idées. Alors j’affiche donc ces quelques réflexions qui feront peut-être un peu tanguer la barque… Tu aimais cela, toi qui te disais rehausseur du niveau des discussions.
    Voici donc :

    Je trouve déplorable et tragique la démarche récemment lancée par le gouvernement du Québec pour « affirmer des valeurs québécoises ». Les lignes qui suivent expliquent pourquoi.
    1) Cette démarche me semble relever davantage de considérations idéologiques et électoralistes que d’une urgence à régler une problématique sociale réelle. Les mesures proposées concernant les signes religieux ostentatoires me semblent plus proches du repliement culturel sur soi que d’une volonté sincère de « vivre ensemble » dans la diversité. Multiculturalisme et nationalisme ont rarement fait bon ménage dans l’histoire, mais dans ce qui est proposé, la coupe déborde au point même où un ancien premier ministre qui avait exprimé sa grogne envers le « vote ethnique » trouve que l’on va trop loin dans le « plus blanc que blanc ». Le port de signes dits « religieux ostentatoires » est un faux problème érigé en vrai problème dans une société où la quête d’identité nationale fait recette pour le populisme électoral. En pratique, il n’existe aucune ligne ferme entre le religieux et le culturel. Comme pour la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, seul le préjugé peut tracer une telle ligne. La seule ligne à tracer est plutot celle qui sépare la diversité culturelle et vestimentaire du prosélytisme. La démarche en cours pour imposer une charte des valeurs est elle-même une forme de prosélytisme qui n’aura comme effet que d’exacerber les sectarismes au lieu de les apaiser. Multiplier les solitudes socio-culturelles est-il vraiment souhaitable quand on souffre déjà tellement des deux solitudes en place?
    2) C’est une chose d’affirmer que le personnel de l’État doit être politiquement ou religieusement neutre dans la prestation de services publics, et que le prosélytisme politique ou religieux est à exclure de la fonction publique, c’en est une autre d’assimiler des traditions vestimentaires culturelles à du prosélytisme et à un manque de neutralité dans l’exercice d’une fonction, même si elles sont associées à des traditions religieuses. L’habit ne fait pas le moine. Je comprends encore moins qu’après avoir déclaré le crucifix qui orne le mur de l’Assemblée nationale et la croix du Mont Royal comme éléments du patrimoine collectif québécois plutôt que comme signes religieux ostentatoires, les gouvernants d’une nation qui se veut ouverte à l’immigration ne comprennent pas que le voile islamique appelé hijab, la calotte juive appelée kippa ou le turban sikh, pour ne nommer que ces accessoires, font eux aussi partie du patrimoine collectif et identitaire des immigrants envers lesquels, par ailleurs, on aime se dire « ouvert ». Immigrer n’est pas synonyme de renoncer à son identité culturelle ou religieuse, assumer un service public ne devrait pas l’être non plus. Que la neutralité religieuse de l’État et le caractère laïque des institutions publiques soient inscrits dans une Charte des droits et libertés ne choquera aucun esprit ouvert si l’on ne confond pas neutralité fonctionnelle et colorations culturelles diversifiées. Les habitudes vestimentaires d’une population cosmopolite font partie de ses colorations culturelles et de son charme : immigrer au Québec et entrer dans la fonction publique ne doit pas être l’équivalent de la prise d’habit de ceux qui entraient autrefois dans les ordres. Interdire le foulard ou l’imposer sont des mesures identiques du point de vue du respect de la liberté de conscience et je me prends à souhaiter que les décideurs de la mode fassent en sorte que le port du foulard de type hijab devienne le « top » de la mode pendant quelques années : on verra comment évoluera alors la douteuse croisade de « libération » de la « pauvre femme voilée ».
    3) Il me semble que la laïcité que l’on propose dans cette démarche porte toutes les caractéristiques d’un revanchisme antireligieux qui en fait l’équivalent d’un sectarisme, voire d’un intégrisme. La neutralité idéologique que réclament à juste titre les tenants d’une séparation rigoureuse des pouvoirs spirituels et temporels devient une imposture et une contradiction lorsqu’elle est fondée sur une anti-religiosité. Si un anticléricalisme mordant qui mêle allègrement anti-religiosité et règlement de comptes s’explique historiquement chez une ou deux générations de survivants émancipés d’une tutelle ecclésiastique, les élites politiques et intellectuelles peuvent-elles se permettre d’y succomber sans trahir leur rôle d’agents de cohésion sociale?
    4) La seule valeur qui me semble devoir survivre à la démarche actuelle d’imposition de valeurs québécoises est rigoureusement le contraire de ce que l’on dit souhaiter : qui sème l’intolérance récolte la division. La xénophobie est, ne l’oublions pas, une peur de l’étranger, la haine et le racisme n’en sont que des masques. Le besoin de neutraliser les signes extérieurs d’étrangeté prend souvent racine dans la peur. Tenter d’assouvir un besoin identitaire national en prenant des mesures inspirées par la peur serait une approche vouée à l’échec. « Quatre pattes, c’est bien, deux pattes, c’est mieux » : La démarche actuelle entourant les valeurs dites québécoises n’est pas sans rappeler la dynamique intégriste de la « République des animaux ». Elle n’est d’ailleurs pas l’apanage du Québec et l’islamophobie semble en passe d’éclipser l’antisémitisme comme préjugé social dominant en Occident.
    5) Que dirait-on d’un démagogue qui proposerait d’interdire des explétifs comme « crisse, calice, tabernacle, hostie, sacrifice, calvaire, vierge, saint Christophe » et autres extraits du glossaire catholique romain et des litanies des saints, sous prétexte qu’ils sont des signes religieux ostentatoires? Je trouve déplorable qu’en 2013 on tente d’affirmer des valeurs communes en recourant à des mesures qui rappellent l’épuration des toponymes français portant des noms de saints et la mascarade terrifiante des tentatives de déchristianisation nationale par les Sans-culotte de 1792 et par les idéologues de la Terreur. Caricature, bien-sûr, mais la caricature ne fait ici qu’amplifier des traits sous-jacents.
    6) L’obligation du visage à découvert dans les services de l’État et dans tout service public et l’égalité des hommes et des femmes ne requièrent pas une charte des valeurs mais relèvent d’une Charte des droits et libertés qui pourrait d’ailleurs avantageusement être modifiée pour l’appeler Charte des droits, des libertés et des devoirs citoyens.

    En conclusion, j’ai tenu à exprimer mon opposition à la démarche en cours pour imposer une « charte des valeurs québécoises ». Je vois dans cette démarche une copie conforme du cléricalisme patriarcal infantilisant dont elle est une émanation directe. Que l’abusé devienne à son tour l’abuseur est une réalité par trop courante et compréhensible, ce qui ne veut pas dire qu’elle est pour autant tolérable au niveau des structures de gouvernance d’une société qui se veut pluriculturelle et progressiste. L’anti-religiosité est une atteinte à la liberté de conscience. Lorsque la laïcité, en tant que neutralité religieuse de l’État, fondée sur la séparation du pouvoir civil et du pouvoir religieux, est motivée par de l’anti-religiosité, elle se discrédite par des mesures portant atteinte à la liberté de conscience.
    Je m’oppose à toute tentative d’affirmation identitaire nationale populiste qui tenterait d’institutionnaliser un monolithisme culturel et un isolationnisme idéologique.

    Daniel Laguitton
    Sutton Qc
    4 octobre 2013
    .

  3. Denis Jeffrey

    Excellent texte, je partage pleinement toute boss idées

    Denis jeffrey

  4. Michel Van Hecke

    Remarquable texte de rigueur et de logique, aussi bien que de force de persuasion et d’exactitude historique dans les enseignements souvent acquis au prix de solides souffrances humaines.
    Pourtant, il est clair que le monde occidental est pris d’assaut. Physiquement et intellectuellement. D’où la réaction de beaucoup de reprendre des valeurs d’antan qui ont fait leur preuve. Réaction logique, et l’auteur démontre la faiblesse, voire l’erreur, d’une telle démarche. Il reste que le combattant reste quelque peu sur sa faim. Que faire devant la faiblesse grandissante de l’Occident, et en particulier de la francophonie, devant la montée agressive de l’Islam, quoique certains prétendent, et de l’Asie? Il ne suffit pas de présenter des idées, il faut présenter un plan de bataille et/ou d’action, même si la bataille est avant tout intellectuelle pour des intellectuels, ou même si elle est physique quant on croit à la règle des grands nombres. Le seul gouvernant occidental qui essaye d’y faire quelque chose semble être Cameron, 1er ministre de la GB, et encore au niveau physique. Tentative électorale et timide sans doute, mais tentative tout de même. Bien sûr, d’autres Européens suivront. Mais on ne peut pas laisser se noyer tous ces gens qui veulent rentrer en Europe. D’autre part où sont restées les valeurs morales et intellectuelles de l’Occident, moteur de son essor depuis des siècles? Même si les églises chrétiennes ont péchées contre les valeurs qu’elles prônaient, l’entreprise de marketing qu’elles représentaient avait sa valeur, le message de charité et d’amour de Jésus Christ et de ses semblables ayant une valeur pour tout âge et pour tout temps.
    En conclusion, il est vrai que l’Occident est en péril et qu’on doit faire bien plus que ce que ses employés font, aussi bien sur le terrain que dans leurs bureaux. Comme il a déjà été écrit, la barbarie est derrière le coin, soit d’abord dans les bureaux des dirigeants occidentaux et dans la tête de ces habitants. L’article de DL est un bon moyen d’y remédier dans les bureaux. Mais il faut également un plan d’action sur le terrain.

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