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De quoi le Québec a-t-il besoin?

J’ai terminé il y a quelques jours un petit livre ayant rapporté les idées d’une trentaine de personnes, relativement connues au Québec et appartenant  à des milieux très variés, à la question « De quoi le Québec a-t-il besoin? » Un des intérêts manifestes de cet ouvrage, je crois, est de montrer la grande confusion qui règne  en ce moment dans la société. Et cette confusion, si on ne s’attache pas à la spécificité de la société québécoise, touche en fait toute la société occidentale. Les autres pays moins développés n’échapperont pas plus à cette confusion que le monde occidental, mais ils en sont relativement loin à cause de leur niveau de développement économique et de leur culture traditionnelle encore située souvent au niveau mythique et même magique.

Je pourrais classer les interventions de l’ouvrage dans les catégories suivantes : quelques contributions s’identifient elles-mêmes comme de gauche ou de droite et ne renouvellent pas leurs discours caractéristiques, les uns voulant taper sur la droite, les autres faire tout reposer sur les initiatives individuelles; des gens très pessimistes qui n’envisagent que la poursuite du marasme et de la décadence; et des gens qui identifient quelques principes fondamentaux et quelques grandes valeurs pouvant rallier la plupart des gens.

Dans l’ensemble des interventions, cependant, j’en ai retenu trois qui, sous des angles très différents, me semblent aller dans la même direction : une souhaite et souligne l’importance d’une vision globale capable d’inspirer la direction de la société, une autre insiste sur les valeurs de service public pour contrebalancer la tendance à l’individualisme, et la troisième, certainement la plus différente et la plus novatrice, introduit l’idée d’une remise en question du modèle économique fondé sur une croissance illimitée et de la culture sans lien avec le territoire. Pourquoi, en effet, devrions-nous désirer posséder davantage, consommer davantage, avoir des voitures plus luxueuses, voyager davantage, ne plus jouer de rôle sociaux, etc.? La croissance illimitée de la richesse matérielle est-elle le but de la vie?

La plupart des interventions de ce petit ouvrage semblent simplement rendre évidente, et même criante, la pertinence  de cette remise en question des valeurs de toute la société. Elles ne le disent pas comme ça, bien sûr, mais il n’y pas une seule de ces personnes qui se trouve satisfaite et optimiste par rapport à l’avenir. Cette remise en question a simplement besoin de la conjoncture, des événements qui la rendent nécessaire, comme cela s’est toujours passé dans l’histoire (car, sauf exception, nous ne changeons pas volontairement, seulement lorsque nous y sommes  forcés). Mais tout cela pourrait aller très vite parce que l’information circule pratiquement de manière instantanée de nos jours ou, du moins, est pratiquement accessible de manière instantanée… si on la cherche. Verrai-je cela?

À mes yeux, la prochaine étape de la civilisation semble plutôt évidente (même si cela prend cent ans ou mille ans pour y arriver): une fois que les besoins matériels de base sont comblés (et ces besoins matériels varient d’une époque à l’autre), ce sont les relations humaines qui nous apportent le plaisir de vivre, la richesse des échanges qui nous permettent d’approfondir le sens de la vie et, au bout du compte, son mystère au-delà de notre raison. Sur ce plan, le discours purement matérialiste de la science fait patate. Les points de vue subjectifs sur le plan individuel et collectif, de même qu’objectif sur le plan social, ne peuvent jamais être mis de côté pour rendre compte de toute la réalité. Mais ceci est un autre sujet.

Pour aller voir par  vous-même:
De quoi le Québec a-t-il besoin?,  Fragments d’un dialogue essentiel. Sous la direction de Jean Barbe, Marie-France Bazzo et  Vincent Marissal.  Leméac, 2011. 178 pages

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Un projet visionnaire: Québec-Montréal en monorail à 250 km/h

Le monorail et ses moteurs-roues

Il est bon de rêver parfois, d’avoir un projet visionnaire capable de mobiliser une société et de la faire avancer.

Ce jeudi, 29 septembre 2011, sur invitation et à guichets fermés, une poignée de gens assisteront au colloque numéro 26 des Entretiens Jacques-Cartier. Ils y entendront, entre autres, le physicien Pierre Langlois présenter un projet qui soulève l’intérêt dans divers cercles d’économistes et d’ingénieurs québécois: un monorail suspendu mû par les moteurs-roues de l’ingénieur Pierre Couture. Le projet permettrait de faire le trajet entre Québec et Montréal en un peu plus d’une heure, en filant à 250 km/h au-dessus de l’autoroute 20. Le coût estimé de ce projet avant-gardiste: environ le tiers de celui d’un train à grande vitesse, soit environ 3 milliards $.

J’ai pris connaissance de ce projet pour la première fois en décembre dernier dans une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), fondé par l’ancien premier ministre Jacques Parizeau. Le Réseau des ingénieurs du Québec en a également fait mention dans un rapport sur l’électrification du transport au Québec (Propositions pour engager le Québec sur la voie de la mobilité durable). Et, récemment, l’école Polytechnique, l’institut des Hautes Études Commerciales et l’École de design de l’Université de Montréal ont entrepris, conjointement avec l’Institut du transport avancé du Québec, une étude en profondeur de tous les aspects du projet.

C’est dire que l’idée suscite le plus grand intérêt autant par son côté avant-gardiste que par ses aspects économiques, ses qualités environnementales et la possibilité d’offrir une solution attrayante de transport collectif entre les banlieues et la ville et, éventuellement, entre les principales villes du Québec. Quand on pense transport durable et économique, il semble difficile d’être plus économe que le monorail. On estime qu’il en coûterait 40 $ d’électricité  (aux tarifs actuels) pour déplacer une navette de 60 passagers entre Québec et Montréal.

Le site du monorail TRENS Québec (Transport rapide électrique national suspendu) donne tous les détails du projet à ce jour avec, en prime, une vidéo et des animations qui permettent d’en avoir une idée concrète.

Il y a longtemps que le Québec n’a pas eu de grand projet mobilisateur et celui-ci semble bien en être un. Lisez le billet d’Alain Dubuc sur la CyberPresse du 26 septembre (À quand un plan sud?) et vous verrez à quel point ce projet correspond au besoin du moment pour la vitalité de l’économie québécoise. S’il y a parfois des tempêtes parfaites, il y a aussi, quelquefois, des conjonctures parfaites.

Je ne sais pas si les aspects techniques de ce projet sont aussi simples qu’ils en ont l’air et s’il peut être aussi rentable qu’on le pense, mais je vous invite à rêver un peu.

De toutes façons, quand on considère le coût des infrastructures récentes de transport (voir note) qui se calculent toujours en milliards, je me dis que mettre 250 millions pour faire la preuve que le concept fonctionne et que les coûts seront bien ceux qu’on évalue ressemble à une aubaine.

J’ai hâte de savoir comment le projet défendu avec passion par Pierre Langlois sera reçu par Michel Labrecque,  président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal, et Michel Veilleux, vice-président, planification et innovation, de l’Agence métropolitaine de transport. Ils font partie, tous les deux, des responsables scientifiques de ce colloque.

Note
Coût d’infrastructures récentes et à venir: métro à Laval : 650 millions pour quelques kilomètres; échangeur Turcot: trois milliards; pont Champlain: possiblement six milliards.

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En passant: la relève des idées fait patate!

Mon blogue de lundi dernier sur La relève des idées et de la critique sociale n’a pas été très populaire. Peut-être est-ce dû au fait que j’ai modifié certains réglages dans le contenu des avis qui sont envoyés lorsqu’un nouveau blogue paraît. Du moins je l’espère, parce que si cela cela signifiait que les idées originales n’intéressent que peu de gens, le monde serait encore plus mal pris que je croyais.

Si même mes propres lecteurs, un groupe sélect de gens éduqués, ouverts, conscients, etc., ne s’intéressent pas à ce et à ceux qui renouvellent la pensée critique, je me demande qu’elle est l’utilité de ce blogue. Pas le moindre commentaire, pas la plus petite réaction, pas le moindre clic sur les nombreux liens vers lesquels je pointais! J’espère qu’il s’agit d’un problème technique et non d’un problème d’intérêt. Peut-être vous en ais-je trop donné?

Détrompez-moi. Sinon, je vais devoir réévaluer le contenu de mon prochain blogue sur l’engagement social des baby-boomers…

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En passant: Rencontres du 3e type aux pieds de Bouddha

Vat Phra Dhammakaya

Rassemblement de 200,000 femmes au temple Wat Phra Dhammakaya le 25 décembre dernier

Extraordinaire reportage photo de Foreign Policy sur le temple bouddhiste Wat Phra Dhammakaya de Bangkok. Le temple, fondé par une nonne, Khun Yay Ubasika Chandra Khonnokyoong, disciple du moine Phramongkolthepmuni décédé au milieu du 20e siècle,  a maintenant des millions de fidèles en Thaïlande et dans le monde.

On y tient de grandes cérémonies de masse qui rappellent esthétiquement celles de Nurenberg sous le régime nazi et elles sont organisées avec la même précision. Le grand temple pourrait également être confondu avec une soucoupe volante directement tirée d’un film de Spielberg. Là s’arrêtent les ressemblances, car les cérémonies sont des méditations ou des ordinations de moines. Le calendrier des activités du temple semble accorder une importance majeure aux grands événements: ordination de 30,000 moines, méditation de 100,000 moines, rassemblement de 1,000,000 de méditants, etc. Tout n’est compté qu’en dizaines ou en centaines de milliers de personnes.

En tant que méditant  zen, je ne suis pas sans ressentir un malaise certain devant un tel étalage public de la force de ce mouvement. Je ne suis pas certain que Bouddha lui-même apprécierait. Soyons généreux et mettons ça sur le compte de la culture asiatique. On fait de même à Pékin (cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques), en Corée du Nord (grands rassemblements chorégraphiés) et en Corée du Sud (les mariages collectifs de Sun Myung Moon).

Mais on peut aussi voir les choses un peu différemment. Le Myanmar voisin compte environ 500,000  moines, soit à peu près 1% de la population. Aucune société postmoderne ne compte une telle proportion de religieux, même les plus religieuses. Nous avons donc affaire à une société qui possède encore une forte culture traditionnelle. En fait, tout le sud-est asiatique, malgré son développement économique remarquable depuis 30 ans, ne peut s’être débarrassé dans le même laps de temps de ses traditions religieuses. Il n’y a pas si longtemps le Québec clérical des années 1940 et 1950 ne détestait pas, lui non plus, les grandes manifestations publiques. Il est probable que les spectaculaires rassemblements du temple Wat Phra Dhammakaya nous parlent davantage de l’héritage traditionnel de la société thaïe que de toute autre chose. Quant au temple lui-même, dont on dit qu’il aurait coûté 1 milliard $, on peut considérer qu’il s’agit de la version moderne des grands monuments à Bouddha et des gigantesques temples de cette partie du monde.

Sauf que… nous pouvons aussi nous souvenir que les moines bouddhistes ont été à l’origine du soulèvement populaire au Myanmar il y a quelques années, qu’ils furent parmi les protestataires les plus visibles durant la guerre du Vietnam et que la religion, sous des régimes dictatoriaux, est à peu près le seul véhicule permettant de protester silencieusement ou ouvertement (la Pologne des années 1980). La religion organisée est aussi une expression de la société civile. En Thaïlande, la puissance du temple commence à déranger. J’imagine que l’ambassadeur chinois à Bangkok a dû ouvrir de grands yeux et peut-être faire un cauchemar en imaginant 1,000,000 de méditants bouddhistes rassemblés sur la Place Tien An Men. L’empire romain s’est bien transformé sous la pression du christianisme, pourquoi pas la Chine sous la pression du bouddhisme ou du taoïsme?

Pour nous, produits de la culture postmoderne où l’individualisme est roi, les grands spectacles religieux ne peuvent que générer un certain malaise. Mais la pratique spirituelle, peu importe la tradition dont elle est issue, est une aventure intérieure et ne peut pas être autre chose. Sur ce point, les photos ne disent rien de l’expérience des méditants. Par ailleurs, la communauté bouddhiste, la «sangha» dans la terminologie bouddhiste, a toujours joué un rôle très important car elle permet aux méditants de se donner du support et de s’encourager dans une pratique exigeante. Il est plus facile de méditer durant des heures quand on est plusieurs à le faire en même temps. Is bigger better?

Le site du temple Wat Phra Dhammakaya donne quelques renseignements supplémentaires sur son histoire, la méditation, les activités, etc. Il existe en versions thaï, anglaise et chinoise. On y précise que le temple a d’abord occupé un terrain de 80 acres. Maintenant, il en occupe 1000 !

Il existe un site anglais qui présente une sorte de petite encyclopédie sur le Dhammakaya. Il y a plusieurs références fort intéressantes. Et pour finir, voici un article sur le rôle des moines au Myanmar (The Role of Monkhood in Contemporary Myanmar Society) qui permet sans doute de comprendre un peu mieux le contexte du Dhammakaya en Thaïlande.

Et maintenant, allez vous étonner des photos publiées par Foreign Policy.

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