Archives de Tag: Parti Libéral du Québec

Au congrès de la Coalition Avenir Québec

François Legault, chef de la Coalition Avenir QuébecJ’ai assisté, vendredi et samedi dernier, au congrès de fondation de la Coalition Avenir Québec. Je suis devenu membre de la Coalition l’automne dernier parce que je voulais connaître de l’intérieur ce que le nouveau parti avait dans le ventre. On peut dire que j’étais en mission d’exploration. Cependant, je partage sincèrement le constat de François Legault à l’effet qu’il faut mettre de côté pour un certain temps la perspective de l’indépendance : nous n’en sommes pas venus à bout en 50 ans, la conjoncture ne mène pas du tout dans cette direction, alors commençons par redonner un élan au Québec en sortant de la sclérose dans laquelle nous nous sommes progressivement enfoncés depuis 1980.

De façon assez claire, Legault partage le constat de Mathieu Bock-Côté (ou est-ce l’inverse?) dans Fin de cycle à propos de la perte d’élan de l’option souverainiste. Le ton résolument nationaliste que j’ai pu entendre dans la plupart des interventions de Legault lors de ce congrès en fait des compagnons de route pas du tout dépareillés. Donc, nous avons affaire à un parti clairement nationaliste (il n’y avait pas l’ombre d’un unifolié dans ce congrès), mais la nature de la CAQ  est plus complexe que cela.

Une véritable coalition?
Première constatation : la CAQ me semble être une véritable coalition rassemblant surtout souverainistes  et nationalistes. Je ne connaissais personne parmi les quelque 500 délégués mais en discutant avec l’un ou l’autre, j’ai rencontré beaucoup d’anciens adéquistes, quelques péquistes mais aucun fédéraliste se présentant comme tel. Ces derniers sont surtout identifiables dans la garde rapprochée de Legault. C’est donc encore le gros défi de Legault d’aller chercher des fédéralistes notoires.

Quand j’ai demandé à François Legault s’il était satisfait de la représentation anglophone à la CAQ, il lui a bien fallu reconnaître que c’était un de ses défis. Mais il est de notoriété publique que les milieux fédéralistes font de grosses pressions auprès de possibles candidats de prestige pour qu’ils ne fassent pas le saut à la CAQ. C’est donc que la CAQ est perçu comme une menace réelle à la domination du Parti Libéral du Québec sur l’électorat anglophone et fédéraliste.

Droite, centre ou gauche?
Autre constatation : les jeunes à qui j’ai parlé n’avaient aucune gêne à s’identifier comme plutôt « à droite ». Mais quand je leur demandais ce qu’ils entendaient par là, je n’ai pas eu de réponse très précise sauf qu’ils favorisaient la hausse des frais de scolarité. Il est indéniable qu’il y a eu une certaine saveur « individualiste » dans plusieurs amendements soumis au programme de la CAQ. Certains ont été approuvés,  d’autres rejetés. Cependant, le principe d’un système de santé d’accès universel et gratuit est fermement inscrit dans le programme de la CAQ, de même que l’augmentation du financement pour le maintien à domicile des personnes âgées et la création prioritaire de places en CPE dans les milieux défavorisés.

Au bout du compte, le programme de la CAQ est un mélange d’orientations sociales-démocrates, nationalistes (sur la défense du français et l’investissement étatique dans les ressources naturelles), et de désirs de débureaucratiser les structures du système d’éducation et du système de santé. Sur ce point, la CAQ croit avoir l’avantage de n’être pas liée par des alliances avec les milieux syndicaux comme l’est le Parti Québécois et de ne pas craindre de perdre des électeurs francophones comme le Parti Libéral .

Moins un congrès qu’un événement rassembleur
S’il fallait juger du sérieux d’un congrès politique par la profondeur des discussions qu’on y  tient, le congrès de la CAQ serait probablement un des pires exemples à citer. J’ai assisté à l’atelier Santé et Familles et on y a expédié l’étude de treize propositions en deux heures. Autrement dit, aucune véritable discussion n’a eu lieu et il en a été de même dans tous les ateliers. Certaines propositions reflétaient vraiment un consensus, comme l’application intégrale des conclusions du rapport de la Commission parlementaire Mourir dans la dignité, mais d’autres ont été approuvées sur la base des idées préconçues des délégués plutôt que des faits objectifs. Disons que « nécessité fait loi », mais le congrès est apparu plus comme un événement rassembleur en vue d’élections rapprochées  que comme un lieu de véritables débats argumentés.

Cette impression d’événement rassembleur destiné à galvaniser les troupes s’est encore renforcée par la mise en scène orchestrée pour la fin du congrès. C’était la première dois que j’assistais à un congrès d’un parti politique mais l’arrivée d’une trentaine de jeunes munis de longs ballons blancs sur une musique tonitruante, pour précéder l’arrivée de François Legault, m’a donné l’impression de me retrouver dans un cirque où on essaie artificiellement d’exciter la foule. Très traditionnel, typique d’une certaine façon de faire de la politique. Très peu pour moi.

Cela dit, le discours de clôture de François Legault a été étonnant d’émotion réelle (il a dû s’arrêter de parler à quelques reprises et l’expression de son visage en disait long sur l’émotion qui l’habitait). On ne pouvait pas douter de sa sincérité. S’il est capable de montrer davantage ce visage au cours des prochaines semaines, il pourrait commencer par toucher la population.

En ce qui me concerne, coincé entre le béton teinté d’une culture du copinage et de la corruption d’un côté, et l’opportunisme du  « jello » déterminé par ses vieilles alliances de l’autre, je ne me suis jamais trouvé  aussi désemparé. Je n’ai pas beaucoup d’illusions à propos des capacités réelles de la CAQ et j’ai un malaise certain devant ce que je perçois comme une manière très traditionnelle de faire de la politique. Mais je me demande : ais-je le choix? Avancer ou faire du surplace?  La Coalition est, pour le moment, une alliance conjoncturelle dont l’importance stratégique semble essentiellement de faire bouger le Québec, de le remettre sur les rails à de nombreux points de vue.

La CAQ peut-elle répondre vraiment à la soif de changement réel que l’on sent au Québec? Cette soif de changement est tellement floue et multiforme qu’il est impossible à aucun parti de l’incarner sans un long travail d’éclaircissement.  Mais les Québécois auront-ils le choix de voter lors de la prochaine élection sans répondre à la question «Où se trouve le changement?»

Publicités

8 Commentaires

Classé dans Politique québécoise

Québec-Canada: avant tout, sortir de l’impasse

Depuis le 2 mai, on a entendu tous les commentaires imaginables suite à l’élection du gouvernement Harper, du balayage NPD au Québec et de la quasi disparition du Bloc Québécois. Certains y ont vu la démonstration de la différence entre le Québec et la Canada, d’autres le signal d’un déplacement et d’une polarisation du débat en termes gauche-droite plutôt que Canada-Québec, d’autres encore y ont vu le signal de la fin pour l’option indépendantiste.

Or, bien qu’elles contiennent une part de vérité, aucune de ces visions ne reflète vraiment ce que les résultats de l’élection laissent entrevoir. Pour les interpréter, il est nécessaire d’utiliser différents paramètres et de regarder au-delà de cette seule élection. On ne peut parler de la pertinence du Bloc Québécois, de l’opposition au Parti Conservateur, du  rejet du Parti Libéral du Canada et de la signification du vote pour le NPD de la même manière à Québec qu’à Montréal ou dans l’Outaouais, dans un milieu francophone, immigrant ou anglophone, chez des fédéralistes ou des indépendantistes convaincus.

Commençons par les évidences…

Le besoin de changement
De toutes les conclusions que l’on peut tirer de l’élection du 2 mai, la plus générale  et la plus évidente est que les Québécois, toutes origines, langues et géographies confondues, veulent du changement. Qu’on en juge: si le Bloc a perdu 490,000 votes, les Conservateurs en ont perdu 157,000, les Libéraux 322,000 et le Parti Vert 44,000 ! Tout ce beau monde est allé au NPD, qui a reçu 1,628,000 votes soit 1,187,000 de plus qu’en 2008. Parlez-moi d’un mouvement de foule!

Par contre, je ne parierais pas trop sur le caractère «de gauche» de ce vote. Les gens de la grande région de Québec ont successivement choisi l’ADQ, les Conservateurs et le NPD. Leur seule constante est de voter sans faire référence à «la question nationale», ce qui reflète en bonne partie le fait que le Québec est coupé en deux, entre la zone d’influence de Québec et celle de Montréal. Mais le 2 mai, c’est pratiquement tout le Québec francophone qui a choisi de s’extirper de l’impasse dans laquelle le plonge la question nationale alors que les anglophones et les néo-québécois exprimaient une autre insatisfaction.

Sortir de l’impasse
C’est une conjoncture tout à fait exceptionnelle qui a permis au NPD de bénéficier du ras-le-bol des Québécois. Ce ras-le-bol s’est déjà reporté à quelques reprises sur l’ADQ au niveau provincial et n’eût été de sa maladresse, de son discours simpliste et de son manque de candidats prestigieux, il aurait pu être un concurrent sérieux aux deux partis qui dominent la scène québécoise depuis près de 40 ans. Le ras-le-bol s’exprime aussi par l’intérêt que l’on manifeste au projet de François Legault.

La conjoncture exceptionnelle est le fait de cinq éléments:

  • la redondance du discours du Bloc, son impuissance à influer de manière sérieuse sur l’avenir du pays (peu importe auquel on pense) et son absence d’importance stratégique pour l’indépendance;
  • la piètre performance de Michael Ignatief qui s’est révélé incapable de représenter une alternative crédible à Harper, tant au Québec qu’au Canada;
  • et le rejet des politiques conservatrices qui ne conviennent pas au Québec et qui font peur.

Lorsque s’est présenté le «bon gars» Jack Layton et ses politiques social-démocrates qui promettent mer et monde sans effort, tous les ingrédients se sont mis en place pour canaliser les insatisfactions de tous et chacun dans un beau vote de protestation sans risque réel de le voir se réaliser. Pour certains, la possibilité de se débarrasser d’un élu conservateur honni a même joué un rôle déterminant. Mais si le véritable enjeu avait été le programme néo-démocrate et si le NPD avait vraiment eu une chance de prendre le pouvoir, la partie n’aurait pas été aussi facile.

Bienvenue au 21e siècle
J’ai signalé en août 2009, dans un texte publié dans Le Devoir, l’impasse politique qui dure depuis le référendum de 1995 et le fait que les paramètres actuels de la question nationale ne permettent pas de susciter le moindre projet mobilisateur. De fait, le discours indépendantiste ne peut plus rouler sur les vagues arguments de l’opposition entre Ottawa et les «valeurs québécoises», entre autres, parce que les solutions aux défis présents et à venir ne passent pas obligatoirement par l’indépendance. Aux yeux de la majorité, l’indépendance n’apparaît ni comme une évidence, ni comme une panacée. Et il faut cesser de penser qu’un peu d’éducation, un effort soutenu ou un leader charismatique constitueraient les conditions gagnantes. La démonstration de la nécessité de l’indépendance a besoin d’être (re)faite.

L’indépendance n’apparaît même pas obligatoire pour aborder efficacement LA grande question de la langue et de l’épanouissement du français. Imaginons pour le reste. Même si la Cour Suprême a limité la portée de la Loi 101, ce n’est vraiment pas un motif capable de mobiliser les Québécois.

D’une certaine manière, il est tout à fait pertinent de parler de «vrais problèmes» plutôt que de constitution tant que celle-ci n’apparaît pas elle-même comme un problème qui nous empêche d’agir efficacement pour régler les «vrais problèmes». C’est ce que disent l’ADQ, le Parti Libéral et François Legault qui représentent bien, ensemble, l’opinion d’une majorité de Québécois, y compris celle de bien des partisans du Parti Québécois. Il en serait autrement si le cadre fédéral devenait un obstacle majeur à la résolution des problèmes d’éducation, de santé, d’environnement, d’intégration des immigrants, de lutte ou d’adaptation aux changements climatiques, d’énergie, de culture, de communications, etc.

Il faut également prendre note que le changement de génération est bien amorcé. Il est toujours frappant de constater le grisonnement marqué des congrès du PQ par rapport à d’autres assemblées. Même si la question nationale n’est pas disparue de l’écran radar de tous les moins de 30 ans, force est de constater qu’elle n’a pas la même résonance que jadis et que les jeunes, qu’ils soient de Montréal ou du reste du Québec, ont d’autres priorités. Lesquelles? Voyez les sujets qui préoccupent les jeunes de Génération d’idées: environnement, démocratie, justice sociale, assainissement des finances publiques, développement de l’esprit d’entreprise, diplomation de tous les jeunes, reprise du contrôle sur les ressources naturelles, amélioration du fonctionnement de l’État et des services publics, etc. Ces gens sont les plus allumés de la génération montante.

Demandons-nous franchement qui semble le mieux à même de répondre à leurs préoccupations. Je ne dirai pas qui peut le faire, mais je dirai que les figures connues du mouvement indépendantiste ne le peuvent pas. Qui écoute les Gérald Larose, Jacques Parizeau, Michel Arsenault, Gilbert Paquette et autres intellectuels pour la souveraineté? Ont-ils eu la moindre influence le 2 mai dernier? Pour le moment, une seule personne pourrait représenter un choix possible si son discours était mieux défini : François Legault.

La non pertinence stratégique du Bloc Québécois
Il ne faut pas accorder trop d’importance à la «disparition» du Bloc Québécois, celle-ci n’est qu’apparente. À 23% des suffrages, le Bloc est encore le deuxième parti au Québec, largement devant les Conservateurs et les Libéraux. Le fait est qu’il n’avait pas été conçu pour durer aussi longtemps. Sa nécessité est tactique, dans le cadre d’une bataille précise pour l’indépendance, afin de représenter les Québécois au Parlement fédéral. Mais la bataille stratégique doit se livrer au Québec, ce que tous les observateurs ont déjà souligné depuis longtemps. D’une certaine manière, même s’ils n’ont pas fait cette savante analyse, un peu plus d’un tiers des électeurs du Bloc ont évalué qu’il n’était pas pertinent dans les circonstances actuelles.

Tant qu’il n’y a pas d’échéance référendaire, l’intérêt d’aller siéger à Ottawa constitue une perte d’énergie et une distraction qui peut facilement faire illusion comme on l’a vu depuis l’élection du gouvernement Charest: gouvernement fédéraliste à Québec, représentation indépendantiste à Ottawa. Le monde à l’envers, gracieuseté d’un système électoral qui favorise la surreprésentation de ceux qui ont la pluralité des votes sans être majoritaires. Les sept «victoires» consécutives du Bloc ne servaient qu’à cacher sa faiblesse réelle.

Le Bloc ne doit pas être dissous, seulement mis en veilleuse pour un temps, tant que la 3e bataille ne sera pas déclarée. Et lorsqu’on le réanimera, il faudra le faire avec toute la vigueur possible, non comme une stratégie à long terme mais pour mesurer vraiment les forces en présence et pour occuper toutes les positions possibles avant de livrer l’ultime combat. Mais pour le moment, il est impossible de même concevoir une échéance possible pour un troisième référendum, qui serait gagnant celui-là. Pour cela, il faudrait que le PQ ose ce qu’il n’osera pas: se déplacer au centre et entreprendre de négocier sérieusement et honnêtement avec Ottawa.

Un moment charnière
Pour le mouvement indépendantiste, la situation actuelle est extrêmement ouverte et fluide.  Résumons les principaux points.

  • Selon toutes probabilités, les orientations du gouvernement Harper heurteront et irriteront les Québécois dans de nombreux domaines, certains émotifs (le registre des armes à feu), d’autres économiques (commission des valeurs mobilières, garantie de prêt à Terre-Neuve), politiques (Afghanistan, manie du secret, politique culturelle), sécuritaires (politique purement répressive envers le crime), environnementaux (gaz à effet de serre) et possiblement d’autres encore. Cependant, aucun de ces sujets ne provoquera une crise grave, seulement une crise permanente d’urticaire.
  • Il serait très étonnant que le NPD puisse offrir une opposition digne de ce nom et défendre les positions du Québec. Son caucus sera traversé par de nombreuses tensions et on voit mal comment tout ce monde pourrait s’accorder. Il ne serait pas surprenant que des défections surviennent d’ici deux ans, le temps que le Québec connaisse des désaccords sérieux sur des politiques fédérales. Autrement dit, le NPD est destiné à décevoir les Québécois.
  • Il est indéniable que le débat politique québécois a glissé d’une polarisation sur la question de l’indépendance à des débats sur la transformation de l’État québécois, l’équilibre des finances publiques, la création de richesse, l’intégration des immigrants, les problèmes du système de santé et du système d’éducation, le contrôle des ressources naturelles et quantité d’autres sujets plus ou moins chauds, tels le financement des partis politiques et l’infiltration de la mafia dans le secteur de la construction.
    Malgré l’apparence du virage social-démocrate suggéré par le vote NPD, le virage que l’on souhaite vraiment est celui de l’allègement des structures de l’État ou, du moins, sa plus grande efficacité. Alors que la richesse n’a pas augmenté pour les classes moyennes, les exemples de gaspillage, de traitements privilégiés et d’inefficacité provoquent un sentiment de révolte envers l’État. Le gouvernement que la majorité attend est celui qui sera capable de tenir en laisse les groupes d’intérêt et de diminuer les privilèges non mérités. Il ne s’agit pas tant d’un virage à droite que du besoin d’une mise à jour et d’une mise en ordre de la maison.
  • Compte tenu de l’impopularité du gouvernement Charest, il est probable, aujourd’hui, que Mme Marois devienne première ministre du Québec.  Mais il est aussi probable qu’elle le devienne non parce que les Québécois auront un coup de coeur pour elle ou pour l’option indépendantiste, mais simplement parce qu’elle apparaîtra comme la meilleure alternative pour se débarrasser des Libéraux. Elle vaincrait par défaut. Pour qu’elle devienne véritablement le premier choix des Québécois, il faudrait que le Parti Québécois prenne note du changement de conjoncture politique au Québec et qu’il reconnaisse qu’il lui faut de nouveau faire la démonstration de la nécessité de l’indépendance.
    Autrement dit, qu’il est nécessaire de mettre l’option indépendantiste en veilleuse pour entreprendre de bonne foi de véritables négociations avec Ottawa pour récupérer les pouvoirs essentiels à l’épanouissement du Québec à l’intérieur de l’ensemble canadien. Si ces négociations aboutissaient, l’option indépendantiste ne serait plus pertinente. Si elles n’aboutissaient pas, la table serait mise pour l’ultime bataille. Mais il est très improbable que le PQ ait le courage et la lucidité nécessaires pour oser cette stratégie.
  • Reste donc la possibilité que François Legault vienne brasser les cartes. Comme on l’a vu avec l’ADQ et le NPD, bien des choses sont possibles  lorsque la conjoncture est favorable. Un vote pour le changement, n’importe lequel, ferait davantage mal au PQ qu’au Parti Libéral mais les deux en souffriraient. Au point de se retrouver avec un gouvernement de centre-droit? Je n’oserais pas l’affirmer mais le ras-le-bol des vieux discours, l’impopularité relative de Mme Marois et celle, confirmée, des Libéraux ouvrent une grande porte. Rappelons-nous qu’au pire de la crise de confiance envers Jean Charest, en novembre dernier, le PQ l’a emporté dans Kamouraska-Témiscouata par à peine 196 voix de plus que le Parti Libéral et que l’ADQ affaiblie a attiré 23% des électeurs contre 36% pour le PQ et 35% pour les Libéraux. Quant à Québec-Solidaire, il n’a recueilli que 4% des voix à cette élection. Ce n’est pas ce parti bicéphale et anachronique (on y chante encore l’Internationale) qui canalisera le mécontentement populaire.
  • Si M. Legault réussissait à former le gouvernement, c’est à lui que reviendrait le mandat de mettre la maison en ordre en s’appuyant sur des consensus suffisamment forts. Il aurait aussi à négocier avec Ottawa les arrangements administratifs nécessaires à l’épanouissement de la société québécoise. En cas d’échec, c’est une nouvelle génération et une base sociale élargie qui ferait l’expérience de l’impasse canadienne. Ainsi pourrait être recréée sur des bases plus larges et plus solides la coalition qui a mené le Québec au seuil de la déclaration d’indépendance en 1995.
    Mais seul le fait que Québec ne puisse pas réaliser des objectifs stratégiques majeurs, dans ses domaines de compétences, à cause d’obstacles situés à Ottawa, serait en mesure d’entraîner le type de crise pouvant mener à la nécessité de l’indépendance comme moyen de lever les obstacles. Cependant, on ne peut pas créer sciemment une telle crise. C’est la raison pour laquelle la population se méfie de la bonne foi du Parti Québécois.
  • Il n’est pas évident de créer la conjoncture parfaite capable d’amener une population à choisir clairement une option aussi dramatique que la création d’un nouveau pays. Il y a 60 ans que les indépendantistes s’y essaient activement ou l’attendent passivement. Force est de reconnaître que la stratégie adoptée jusqu’ici n’a pas donné les résultats escomptés. Sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, la population québécoise exprime clairement son besoin de quelque chose de différent. Pour le moment, c’est là où on en est. Ceux et celles qui n’en tiendront pas compte s’en mordront les doigts.

6 Commentaires

Classé dans Politique québécoise, Question nationale québécoise

La relève des idées et de la critique sociale

Peut-être que ça ne paraît pas beaucoup, mais il y a actuellement au Québec une effervescence des idées et de la critique sociale. Je vous nomme dans le désordre divers organismes qui portent le flambeau: Génération d’idées, IRIS, IREC, Québec Vote, l’INM. Il y a également de belles pièces solo comme La déséducation, Saga-cité, La TVA sociale, Habiter la campagne sans la détruire et le projet Turcot de Projet Montréal. Et j’oublie certainement quantité d’initiatives locales remarquables.

Avant de vous dire en quoi ces organismes et ces analyses me réjouissent, permettez-moi de faire rapidement quelques observations parallèles. Le site de l’Indice relatif du bonheur vient de publier un sondage dans lequel à peine 31 % des répondants croient que l’indépendance du Québec se fera un jour alors que 60 % n’y croient pas. Les militants de Québec Solidaire ont consenti du bout des lèvres, lors de leur congrès de la fin de semaine, à «donner une certaine place au secteur privé». Comme quoi les militants de ce parti n’ont aucune idée de la réalité de l’économie, de l’entrepreneuriat, de la dynamique humaine et de ce qui anime vraiment la génération montante. Et enfin, vous noterez que le projet indépendantiste n’apparaît nulle part comme moyen nécessaire à la mise en oeuvre des idées et critiques sociales dont il sera question.

Les organismes
Générations d’idées
est probablement le regroupement le plus porteur de renouveau actuellement. S’adressant d’abord au groupe des 20-35 ans, il a su mobiliser environ 400 jeunes, l’automne dernier, pour discuter pendant trois jours du Québec de demain. Allez lire le résumé de leurs délibérations: c’est un programme et une vision très dynamiques et bien en phase avec plusieurs des problèmes importants du Québec. Ce n’est certes pas exhaustif et ça reflète surtout la vision de la génération montante, mais ce n’est ni individualiste, ni cynique. Le président et cofondateur de Génération d’idées, Paul St-Pierre Plamondon, est également chroniqueur à Bazzo.tv (le jeudi soir à Télé-Québec). Il a de la tête.

L’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS) est un regroupement de jeunes chercheurs universitaires qui publient régulièrement des analyses décapantes des politiques québécoises. Fondé à l’automne 2000, le groupe réussit régulièrement à diffuser ses analyses dans les grands médias, comme en témoigne leur veille médiatique. Leur mission déclarée est d’offrir un contre-discours au néolibéralisme à tout crin. Et ils le font bien. Voyez, par exemple, une de leurs dernières études: Gaz de schiste, une filière écologique et profitable pour le Québec? Ce n’est pas très long et ça vous donnera une idée des questions auxquelles l’évaluation environnementale stratégique commandée par le gouvernement devra répondre. Pour le moment, c’est 2 à 0 pour les opposants.

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) couvre plus large que l’IRIS et son assise est plus institutionnelle mais ses analyses et recherches sont de grande qualité et respectent les orientations que lui a données son fondateur, Jacques Parizeau, en 1999: une critique du néolibéralisme, un besoin de renouvellement des idées, un engagement à soutenir et promouvoir une économie plurielle, une reconnaissance de l’importance du rôle déterminant de l’État et des politiques publiques dans la structuration de tous les aspects du développement et une adhésion aux valeurs de justice sociale et d’équité dans la production et le partage de la richesse. J’ai remarqué l’IREC à cause de leur récente série de travaux sur l’indépendance énergétique du Québec et leur colloque sur L’indépendance énergétique et la mobilité durable: l’enjeu de l’électrification du transport collectif. Le projet de réseau québécois de transport par monorail est ce qui se rapproche le plus d’un grand projet visionnaire: on n’a pas vu ça depuis plusieurs décennies. Le document L’électrification du transport collectif:un pas vers l’indépendance énergétique du Québec explique tout ça en détails chiffrés. Je ne serais pas surpris que le PQ ou le Parti libéral mette ce projet au programme d’une prochaine élection, tellement il semble tomber sous le sens, être cohérent et rassembleur.

Je vous ai déjà parlé de Québec Vote. Cette expérience de démocratie directe a de la misère à décoller. Elle n’a pas reçu une grande couverture médiatique jusqu’à présent. Mais l’idée de permettre aux citoyens de présenter et de se prononcer sur des projets de loi ou sur des propositions me semble porteuse. Il est certain que c’est exigeant et les animateurs du site le savaient, mais je continue de penser que l’initiative est valable. Par exemple, la proposition récente d’élaborer une Constitution québécoise rejoint une idée appuyée par les jeunes de Génération d’idées. En tout cas, il sera toujours intéressant d’analyser pourquoi ça ne lève pas. Il semble que le facteur temps soit majeur: des dizaines de commentateurs ont le temps de donner rapidement leur opinion sur tout et sur rien, mais lorsque vient le temps de s’engager dans un processus de longue haleine, les candidats sont très rares.

En ce qui concerne l’Institut du nouveau monde (INM), fondé en 2003, son action s’est surtout portée sur la mobilisation de la parole citoyenne tant chez les jeunes que sur des enjeux particuliers (santé, culture, économie, générations). Ici, les idées passent par les forums citoyens et la démocratie.

Les pièces solo
De temps à autre paraissent des analyses et des critiques bien articulées qui nous montrent que la pensée critique est encore bien vivante. Les 16 épisodes de la série vidéo La déséducation, projet d’un jeune enseignant, brassent la cage de tous les acteurs impliqués dans le milieu. Je n’ai pas pu tout visionner (lenteur de ma connexion internet), mais la critique porte. La sclérose de la machine est sans doute désespérante mais, à mes yeux, les acteurs n’ont pas le choix d’y répondre sous peine de perdre encore un peu plus de crédibilité.

Un autre projet vidéo, Sagacité, s’attaque de son côté à l’étalement urbain, à l’urbanisme et au développement viable des collectivités. Les maux sont bien décrits et les événements de discussion suivent tout au long du mois d’avril. Il est à prévoir que tout ceci ait des impacts réels si on se fie au mouvement observé. Dans la même veine mais un tout autre contexte (celui de la campagne), le document Habiter la campagne sans la détruire, fruit d’une expérience et d’une réflexion menées à Sutton,  montre comment la grande migration des baby-boomers vers la campagne peut se faire au profit et non à l’encontre des milieux ruraux.

Un étonnant rapport de recherche de la Chaire d’études en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, La TVA sociale, une idée pour le Québec?, montre comment l’augmentation des taxes à la consommation couplée à la diminution des taxes et charges sociales des entreprises a fait des miracles, au Danemark, pour stimuler l’emploi. Allant totalement à l’encontre de ce que l’on croit habituellement «à gauche», le Danemark (où le niveau de taxation et d’imposition demeure l’un des plus élevés en Occident) a déréglementé le marché du travail (hérésie à gauche), offert une généreuse protection sociale (hérésie à droite) et implanté une politique active de à l’emploi. Et tout ça n’a rien changé au fait que le Danemark est une des sociétés les plus égalitaires au monde, bien plus que le Québec et le Canada. Voilà qui bouscule les idées reçues.

En dernier lieu, je m’en voudrais de passer sous silence le projet de réfection de l’échangeur Turcot tel que proposé par Projet Montréal. Turcot 50-50: plaidoyer pour un investissement équitable en transport est un document de 42 pages où on expose tous les avantages de donner une place de choix au transport collectif dans le projet de réfection de l’échangeur Turcot. L’argumentation est difficile à contester. Il est assez impensable que le maire Tremblay ait donné son aval au projet du Ministère québécois des transports. On comprend Richard Bergeron d’avoir démissionné du comité exécutif de la Ville de Montréal et de continuer la bataille pour que cet investissement de 3 milliards $ ne soit pas qu’une voie de circulation mais un projet pour redonner vie à une grande partie de la ville. Montréalais, allez-y voir et mobilisez-vous!

Je vous laisse méditer sur le silence et l’absence d’idées nouvelles dans les deux grandes formations politiques québécoises. Les plus inventifs ne sont pas «à droite», comme on pourrait le penser, mais dans une large mouvance qui ne trouve pas encore d’expression politique. Le danger, c’est que constatant l’absence d’alternative, les Québécois expriment leur ras-le-bol comme ils l’ont déjà fait en votant ADQ. Il est triste et malheureux de le dire, mais les grandes institutions syndicales, qui représentent le plus visiblement «la gauche», sont sclérosées. Si elles ne bougent pas et s’en tiennent à leurs analyses et prises de position habituelles, sans audace, corporatistes jusqu’au bout des ongles, elles en paieront le prix en nous entraînant tous dans leur chute. La gauche, fossoyeuse de la gauche? Certainement!

Quand on prend conscience de l’effervescence de la société civile et du besoin de renouveau clairement exprimé sous de multiples formes, il devient évident que la désaffection à l’endroit du PQ n’attend que l’occasion de lui faire subir le même sort que jadis à l’Union nationale. Peut-être l’occasion se fera-t-elle attendre mais seul un déchirant aggiornamento de l’ensemble du mouvement indépendantiste est en mesure de redonner au Québec l’élan dont il a besoin. Sinon, la réalité le balaiera, tout simplement. Il y a déjà pas mal de gens qui l’ont compris.

2 Commentaires

Classé dans Esprit du temps, Politique québécoise